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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 17:44

 Pid Zolotom Rosa

 

 

           At the end of the street Starojevres'ka, in the heart of the city center, close to the old wall, is located on an empty Golden Rose - C12square, the ruins of the former synagogue, the Golden Rose. This private synagogue, opened to everyone, was built at the end of the 16th century. Only the back of the building as well as a part of wall are today visible.

           Destroyed in 1942 by the Nazis, those ruins are the only building remembering the former Jewish presence of the old town. Even if lots of Mezuzah are still visible at the entrance of the surrounding buildings. Paradoxically, the site was preserved by the Soviet authorities under pressure of the OECD during the sixties.

           While the square is today empty, the beauty of the place attract several newly engaged couplescity036 for their photo sessions or Ukrainian youth enjoying the sun. The medieval wall, the synagogue arcades partly hidden behind trees, and old building around create a perfect tourist site but above all a peaceful place.

GR - arcade - C09

             Jewsih marks008

              Only people looking at the ground will notice few Jewish graves from the former synagogue cemetery. The Nazis and after the Soviets used them to pave the square. We can guess few writings saved by the time reveling a name, a date...

 

 

Enseigne Golden Rose

            At the corner of the square is located a restaurant called Pid Zolotoyu Rozoju(Under the Golden Rose) and its cozy wooden garden. This restaurant, on the topic of Jewish Galician culture, is one of the about twenty mood restaurants spread through the city using historical themes. Thus, we can eat in Lviv in Gazova Lampa(gaslamp), Mazure(father of the masochism born in Lviv), GR - terrasse - C06Kriyvka(dedicated to the Ukrainian underground army – UPA)...

             When we enter to the restaurant Pid Zolotoyu Rozoju, we are nicely surprised by the joyful and hushed atmosphere. A Jewish music and old movies playing on the background, draft of Bruno Schultz on the walls, layers and candelabrum... Employees welcome you with smiling 'Shalom' and are able to discuss a basic Yiddish polite talk. You are invited to seat and to look at the menu illustrated with Jewish paintings and pictures, menu that you read from the right to the left.

            Most of customers are Lvivian people or European, American or Israeli tourists... They appreciate this warm place where food is known to be good. Before the meal, the waiter propose you to wash your hand bringing you metal jar and basin. The menu is regularly changed and renewed. Recipes are Jewish even if food is not Kosher – logistic barrier, the only supplier is in Kiev. However, they serve Matza and kosher vodka. Price are not mentioned on the menu. You have to bargain them at the end of the meal with the waiter. One leaf composed by two pages explain you why this restaurant and the motives of the owner and his employees. As a justification was needed...



             The problem of this restaurant could seem to be quite simple. However it causes lots of controversies among the Jewish community. Except the fact that at the entrance of the place you can wear Jewish hats to which were added Jewsih marks121payots (long hair close to the ears), the nice wooden garden is located on the only ground of the former synagogue. Without talking of the property aspect, the place is not really favorable for entertainment and drinking alcohol. The use of the stereotype of Jews as rich person (bargaining of the prices) is not really well perceived among a community especially poor.

              The best argument invoked by the young manager to justify the well grounded of her company is that it is the only visible place dedicated to the Jewish culture in Lviv. The restaurant and its working team, particularly young, are indeed doing their best to respect and to make accessible the Jewish culture to the customers. But business is clearly at stake. It is like that, that we perceive from the restaurant side as well as from the main part of the Jewish community.

                Some talks about the opening of another place more respectful to the Jewish traditions in the other Jewish district of the town, Krakivski. Only few have enough strength – personal and financial, to try this adventure. The concurrence of the restaurant Pid Zolotoyu Rozoju, particularly well located, and the corruption make it a nice and sweet dream.

C04 - porte GR


Blandine Screve

Adress of the restaurant :

http://visitlviv.net/restaurant/en/galician-jewish-restaurant-tavern-pid-zolotoyu-rozoyu-beneath-the-golden-rose/

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 19:59

Une pierre tombale sous mes pieds comme pièce de notre puzzle

      

         Lorsqu'on se ballade dans les rues de Lviv en ouvrant des yeux interrogateurs, à l'affut de pièces d'un puzzle et ignorant la forme qu'elles ont, on trouve toujours.

         Nous sommes à la mi-juillet. Aujourd'hui, je décide de partir faire une session photo dans le vieux Lviv, pour récolter des images de marques restantes de la vie juive d'avant guerre, à l'endroit où se trouvait jadis le riche quartier juifs, dans le centre ville historique. Je connaissais quelques marques, les plus connues, celles qu'on présente à tous les touristes comme preuve de la présence juive dans le centre-ville. C'était précisément ces marques que je souhaitais photographier de mon œil.

            Ce travail laborieux, muni du trépied, se déroule tout à fait normalement sous l'œil septique ou parfois curieux des riverains.

            Cherchant méthodiquement ces marques (principalement des Mezuzoth*) à chaque porte, je garde tout de même un œil sur les murs - ayant entendu qu'on avaient utilisé sous l'époque soviétique les stèles d'un cimetière juifs pour construire des immeubles – on ne sait jamais. Je me concentre alors sur de vagues reliefs de pierres à demi cachés par du crépis, espérant y avoir trouvé quelques sculptures révélatrices de la présence d'une pierre tombale. Ces détails étant bas, j'offrais une vision assez loufoque, allongé parterre au beau milieu de la rue Starojevrejska (rue du vieux juif), m'affairant à prendre une photo d'un morceau de mur abîmé et sans intérêt.

Golden-Rose.jpg            Ma position pourtant ne troubla pas le moins du monde deux vielles dames qui vinrent me tapoter l'épaule. L'une d'elle me demande ce que je fabrique... puis elle me coupe la parole et me tire par le bras en me disant : “ Tu cherches des marques juive ? Ça, c'est rien, viens avec moi, je vais t'en montrer moi des marques ”. Me conduisant quelques dizaines de mètres plus loin, nous nous arrêtons devant la place qui borde les ruines de la synagogue de la Rose Dorée**. Là, les deux vielles dames se mettent à marcher en regardant à leur pieds, suivant méthodiquement les rangés de dalles qui quadrillaient la place. Ce faisant, la plus communicative m'explique dans un mélange de polonais et d'ukrainien que je peine à comprendre qu'elle était là, qu'elle à vu ce qui c'est passé ici. Je lui demande si elle était là pendant la guerre, elle me répond que de la guerre, elle ne se souvient que de peu, mais elle se souvient des ruines, de la synagogue qui gisaient à l'endroit même où nous marchons aujourd'hui***. Elle se souvient d'avoir vu les Russes construire cette place (je n'ai pas su m'exprimer pour lui demander qui étaient ces “ Russes ”).

A droite : au premier plan les voitures garées sur cette place, au deuxième plan les ruines de la synagogue "Rose Dorée" (arcades) et en arrière plan le clocher d'une église gréco-catholique.

Ci-dessous : la première dalle que nous découvrons

Premiere-dalle-copie-2.jpg            Nous tombons alors sur une dalle un peu différente. Toute agitée, elle me la montre du doigt, me disant qu'il y en avait partout sur cette place, que si on cherche bien, on peut en trouver d'autres. Sur cette dalle, encore nettement visible, se détachent les reliefs sculptés de deux écritures bien distinctes.

            La première latine, est un nom : JAKOB. La seconde écriture est en hébreu. Cette dalle mesure environ 25 x 35 cm. Le bord gauche est d'origine (ici tronqué sur l'image) et une rainure semble encadrer les écritures. Les autres bords sont fait de cassures. Il est difficile d'évaluer la forme et la taille originale de cette dalle. Ce qui ne fait pourtant aucun doute, c'est que nous avons à faire à une pierre tombale. Mais déjà, les deux vielles dames continuent à chercher d'autres marques et nous en trouvâmes quelques unes. Une demi-heure nous suffit à dégoter 4 ou 5 marques du même style sur le sol de cette place utilisée aujourd'hui comme parking.



Ci-dessous à droite : seconde dalle découverte. Par la forme que dessinent les écritures situées le plus en haut (une sorte de cercle), nous pouvons en déduire la taille aproximative de cette pierre tombale. Cette dalle mesurant environ 25 cm de large, on peut estimer que la largeur de la pierre tombale était d'un peu plus d'une 50aine de centimètres.


 

 

 

 

Deuxieme-dalle.jpg

            La vieille dame m'explique encore que dans sa jeunesse, il y avait plus d'inscriptions, on y voyait des dizaines de dalles comme ça, elle me raconte avoir vu des gens frotter le sol pour effacer ces marques... Elle est Ukrainienne, né à Lviv peu avant la guerre. Je lui demande si elle accepterait d'être interviewée, filmée, mais elle refuse catégoriquement. Après quelques mots encore, les deux dames s'en retournent à leur occupation et je continue ma session photographique.

Parterre-dalle.jpg

Cliquez sur la photo pour l'agrandir - sur cette photos, 2 pierres tombales sont distinctes : la dalle la plus en bas à droite (en gros plan ci-contre à droite) et la grande dalle verticale au bord gauche biseauté se trouvant en seconde position en partant de la gauche, dans la rangé du milieu. Comme échelle, nous pouvons nous référer au marches d'escalier sur le haut de la photo (à l'époque, l'entrée de la synagogue mitoyenne à la "Rose Dorée".


Ci-dessous : cette fameuse place lors du festival de musique juive de Lviv. on y voit l'ancienne porte de la synagogue mitoyenne (faisant le coin avec l'immeuble blanc) puis le restaurant "juif" Pid Zolotoyu Rozoju sur le quel vous retrouverez un article en cliquant sur cette phrase lien.  A droite, derrière les arbres, se trouvent les ruines de la synagogue 'Rose Dorée".

Festival.jpg

 

            Malgré une barrière des langues très handicapante (je parlais un peu le polonais et peu l'ukrainien), différence de nationalité, différence d'âge... cela n'a pas empêché cette vieille dame de venir me parler d'elle même et me faire part de son témoignage du passé. Au cours de notre conversation, elle me dit qu'elle se souvient des Juifs d'avant guerre, et qu'elle jouait avec des enfants juifs. Ils ont disparut, c'est tout ce qu'il reste, des dalles pavant un parking. Je regrette de n'avoir pas eu ma caméra avec moi. Ma compréhension était plus approximative par moment et j'avais tant d'autres questions à poser que je n'ai pas su placer, ou auxquelles je n'ai su obtenir de réponses compréhensibles.

            Cette rencontre est en partie représentative du problème de transmission de la mémoire en Ukraine, particulièrement à Lviv, encore plus spécifiquement à propos de l'histoire de la communauté juive avant et pendant la guerre. Au cours de nos investigations, nous nous sommes rendu compte que tout n'avait pas totalement disparu. En cherchant, en insistant, en rusant dans notre enquête, mais le plus souvent en montrant simplement de l'intérêt à ce sujet, nous avons réussi à percer l'abcès du silence, nous avons récolté une quantité impressionnante d'informations, à droite à gauche, éparpillées, pièces du puzzle de l'histoire de la communauté juive de Lviv, au long du XXe Siècle, que nous tentons de réunir et d'assembler, les unes aux autres. Le problème n'est pas que les gens ne veulent pas raconter, cachent et taisent ce qu'ils savent, mais plutôt que personne ne leur demande, et que peu s'y intéressent.

            Par la suite, nous remonterons cette piste des pierres tombales par différentes sources pour enfin comprendre et mettre bout à bout les pièces spécifiques à cet épisode dont chacun des porteurs de la mémoire juive de Lviv ne semble posséder qu'une partie du puzzle. Ces stèles appartiennent vraisemblablement à l'ancien cimetière médiéval juif du quartier Krakiwski. Ce cimetière fut détruit par les nazis, qui en utilisèrent les pierres verticales pour paver les routes, quand au pierres horizontales, les soviétiques les utilisèrent également pour construire des immeubles, et le socle de la statue de Lénine érigée sur la place de l'opéra de Lviv, déboulonnée en 1991. À l'emplacement de ce cimetière se tient de nos jour un marché, le marché Krakiwski, apparu sous l'époque soviétique.

            Ces pierres qui dallent la place du quartier juif du centre historique de Lviv ne sont pas les seuls restes de l'ancien cimetière. Dans un prochain article consacré au cimetière Krakiwski, nous nous efforcerons de vous présenter nos découvertes et faire la lumière sur les événements qui amenèrent un des plus vieux et plus prestigieux cimetières de Lviv, à devenir l'un des principaux marchés de la ville, et dont personne ne semble vraiment avoir conscience d'un tout autre passé.

 


Matthias Crépel


* La mezouzah ou mezuzah (hébreu  : מזוזה, linteau de porte ; plur. mezouzot ou mezuzoth) est un objet de culte juif, qui consiste le plus souvent en un rouleau de parchemin comportant deux passages bibliques (de la Tora), emboîté dans un réceptacle, et fixé au linteau des portes d'un lieu d'habitation permanente, à l'exclusion des lieux d'aisance et de rangement.

**  L'imposante synagogue “ Golden Rose ” à Lviv - détruite par les Nazis en 1942 - fut construite en 1582-1585, quatre siècles et demi plus tôt. Pour de plus amples détails sur le site de cet endroit sacré dans le paysage lvivois d'aujourd'hui, vous pouvez consulter l'article Pid Zolotoyu Rozoju, un restaurant juif controversé

***  Sur cette place se trouvait une synagogue mitoyenne à la prestigieuse synagogue la Rose Dorée. Nous disposons actuellement de peu d'information sur cette autre synagogue. Elle semble avoir été brulée par les nazis à peu près à la même époque que la Rose Dorée.


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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 16:07

Pid Zolotoyu Rozoju 

Sous la Rose Dorée

Beneath the Golden Rose

 

 

 

Golden Rose - C12                     Au bout de la rue Starojevres'ka, au cœur du centre ville, à la limite des anciens remparts, se trouvent sur une place vide, les ruines de la synagogue de la Rose dorée. Cette synagogue privée mais ouverte au public, datait de la fin du 16e siècle. Seul l'arrière de la synagogue est aujourd'hui visible ainsi qu'une partie du mur de la Grande synagogue qui lui était mitoyenne.

 

                    Détruite par les nazis en 1942, ces ruines sont le seul édifice à rappeler l'ancienne présence juive de la ville. Même si de nombreuses marques de Mezuzah (cylindre contenant un extrait de la Torah) sont visibles sur le pas des portes avoisinantes. Paradoxalement, le site a été préservé par les autoGR - arcade - C09rités soviétiques sous la pression de l'OCDE dans les années 1960. 

 

                      city036Alors que la place est aujourd'hui vide, la beauté du lieu attire les jeunes mariés pour leur séance photo ou les jeunes ukrainiens envahissant les places publiques au premier rayon du soleil. Les remparts médiévaux, les arcades de la synagogue en partie cachées par la verdure et les anciens Jewsih marks008

bâtiments en font un site 

touristique incontournable mais surtout un endroit paisible.

 

Seuls ceux qui regarderont par terre remarquerons les quelques stèles juives de la synagogue. Les nazis puis les soviétiques s'en sont servies pour paver la place. On peut y voir quelques inscriptions que le temps à épargnées dévoilant une date, un nom.

 

 

 

Enseigne Golden Rose                    Au coin de la place, se trouve le restaurant Pid Zolotoyu Rozoju (Sous la rose dorée) et son agréable terrasse en bois. GR - terrasse - C06Ce restaurant, dont la thématique est la culture juive de Galicie, fait parti de la quinzaine de restaurants d'ambiance éparpillés dans Lviv qui utilisent des thématiques historiques. Ainsi, on peut manger à Gazova Lampa (lampe à gaz – inventée à Lviv), Mazure (père du masochisme né à Lviv), Kriyvka (dédie aux héros de l'insurrection ukrainienne – UPA)...

                     Quant on rentre dans le restaurant Pid Zolotoyu Rozoju, on est saisi par l'ambiance feutrée et joyeuse. Une musique juive et des films d'époque en fond, des dessins de Bruno Schultz sur les murs, des napperons et chandeliers... Les employés vous accueillent avec un 'Shalom' souriant et sont capables d'avoir une conversion de courtoisie en hébreux. On vous invite à vous asseoir et vous présente un menu illustré de peintures et photographies juives dont la lecture s'effectue de droite à gauche.

                     La plupart des clients sont des Lvivois ou des touristes européens, américains, israéliens... Ils apprécient cet endroit chaleureux où la nourriture y est très bonne. Avant le repas, le serveur vous invite à vous laver les mains en vous apportant une jarre et une cuvette en métal, selon la tradition juive. Les plats sont régulièrement accommodés et renouvelés. Les recettes sont juives mais la nourriture n'y est pas kasher – question de facilité, le seul fournisseur étant à Kiev. Il servent cependant du matza et de la vodka kasher.

Les prix des plats ne figurent pas sur le menu. Ils sont négociés en fin de repas avec le serveur. Un feuillet de deux pages vous explique pourquoi ce restaurant et la motivation du propriétaire et des employés. Comme si une justification était nécessaire.

 

Jewsih marks121                     Le problème de ce restaurant paraît simple mais suscite beaucoup de controverses au sein de la communauté juive. Outre le fait qu'à l'entrée du restaurant, vous puissiez essayer des chapeaux juifs auxquelles ont été ajoutées des payots (longues mèches aux oreilles) (1), la terrasse du restaurant se trouve sur le terrain de l'ancienne synagogue. Sans parler de l'aspect foncier, le lieu n'est pas tellement propice au divertissement et à la consommation d'alcool. L'utilisation du stéréotype des Juifs riches (négociation des prix) ne passe pas non plus très bien au sein d'une communauté particulièrement pauvre.

                     Le meilleur argument invoqué par la manager pour justifier le bien fondé de son restaurant est qu'il constitue l'unique endroit dédié à la culture juive et lui donne donc une visibilité au public. Le restaurant et son équipe, particulièrement jeune, font en effet de leur mieux pour respecter et faire découvrir la culture juive aux clients.

Mais l'enjeu est avant tout de faire du 'business'. C'est comme cela qu'on le conçoit du côté du restaurant et de la majorité des Juifs de Lviv.

 

                    Beaucoup regrettent que l'initiative d'ouvrir un autre restaurant ne soit pas prise par quelqu'un de la communauté. Plusieurs évoquent l'ouverture d'un restaurant juif plus respectueux des traditions dans l'autre quartier juif de l'époque, Krakivski. Peux ont le courage de se lancer dans une aventure perdue d'avance. La concurrence du restaurant Pid Zolotoyu Rozoju particulièrement bien placé et la corruption en font un doux rêve.

 

Blandine Scrève

 

C04 - porte GR

 

 

 

Adresse du restaurant : http://visitlviv.net/restaurant/en/galician-jewish-restaurant-tavern-pid-zolotoyu-rozoyu-beneath-the-golden-rose/

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 15:25

Un cimetière sous un garage

      

         Jeudi 11 Juin 2009 – Blandine et moi sommes présents à un vernissage d'une exposition sur les Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale, au musée des religions de Lviv. Nous y croisons Meylakh Sheykhet (voir l'article Meylakh Sheykhet - Un combat pour l'héritage juif de Lviv) que nous avions déjà rencontré auparavant. Il nous invite pour le lendemain à l'accompagner sur un site de fouilles archéologiques d'un cimetière juif.

         Le lendemain, nous nous enfonçons dans la campagne Lvivoise. Notre destination : Zhydachiv, une petite ville d'environ 12000 habitants à 60 Km au sud de Lviv. Arrivé sur place, le lieu est surprenant, passé le centre ville, toutes les maisons semblent avoir des poules, des chèvres, un potager... Les animaux se baladent souvent en liberté on croise de temps en temps un paysan conduisant une charrette hors-temps, tirée par un cheval. Nous faisons un tour par le marché afin de nous munir d'une paire de chaussons pour accéder au site archéologique. L'image d'un homme tout de noir vêtu en tenue traditionnelle juive, choisissant des chaussons, hésitant sur la couleur et demandant des conseils d'esthétisme à la vendeuse est assez surprenante et les gens du marché semble amusés, ou parfois froids et secs mais ne semblent pas agressifs.

            Non loin de là, à la limite des dernières maisons, se trouve un vieux garage abandonné comprenant notamment une petite colline au sein de son enclos. Meylakh Sheykhet nous fait entrer par une grille, dans l'arrière champs du garage qui devait vraisemblablement servir de terrain de stockage de pièces de voitures. Nous gravissons la colline que surplombent deux étranges petites chapelles semblant être plus récentes que ce garage. Un coup d'œil des environs nous confirme la beauté idyllique du panorama qui s'offre à nous


01-Paysage-Idillyque---Idyllic-landscape-copie-1.jpg

Panorama depuis le haut de la coline

 

            Un coup d'œil en arrière et cette colline n'est pas si petite que ça. D'en haut, nous pouvons apercevoir les maisons les plus proches derrière le garage. Certaines d'entre elles semblent d'ailleurs plus vielles que ce garage datant de l'époque soviétique. Le terrain est grand, il fait environ 120 mètres par 120 à l'intérieur du quel il comprend cette colline dont la hauteur agrandi encore davantage la surface.

02-Sur-le-terrain-dun-garage---on-the-garage-area.jpg

 



Le cimetière était grand.

 


            M. Meylakh nous explique qu'il y avait à cette endroit un cimetière juif. L'enclos qui entoure la colline n'était pas celui du cimetière. Celui-ci s'étendait au sud et à l'ouest jusqu'à la route, 50 mètre au-delà du garage, en direction du village. On sait peu encore sur ce qui s'est passé. Les Allemands sont arrivés ici, en 1942 et ont fait sauté le cimetière (peut-être à la grenade, peut-être l'ont-ils bombardé...). Ensuite, après la guerre, la municipalité soviétique a fait construire ce garage sur le cimetière et ce dernier fut oublié durant des décennies jusqu'à l'indépendance de l'Ukraine. Un vieux juif était alors arrivé et avait dit qu'il y avait ici avant la guerre, un cimetière juif, avec deux chapelles en haut de la colline, abritant les tombes d'éminents protagonistes de la communauté juive de Zhydachiv d'antan. La nouvelle communauté juive des environs racheta le terrain et fit donc construire deux petites chapelles avec à l'intérieur, des tombes factices en mémoire de ces personnes. Plus tard, après quelques recherches, nous avons fini par comprendre l'importance de ce site.


            Monsieur Meylakh a donc récemment réuni une équipe de jeunes des environs de Zhydachiv pour réaliser des fouilles archéologiques sur ce site. Les moyens sur place sont rudimentaires, les méthodes parfois peu conventionnelles malgré les efforts de Meylakh et de son coéquipier Roman pour former aux gestes basiques des jeunes dans ce travail aussi fastidieux que minutieux. Faute de moyens, le système débrouille est de mise.

05-M-Meylach-explique-une-methode-de-travail-a-son-equipe.jpg

Meylakh Sheykeht apprend à un jeune de Zhydachiv les techniques de fouille

 

11-Cimtiere-de-Zhydachiv---Zhydachiv-cemetery.jpgDécouverte d'une broche par un archéologue en herbe


            Au cours des journées en notre présence, quelques objets seront trouvés : une broche, plusieurs pièces de monnaie dont certaines datant de 1859... nous confirmant l'idée que les origines de ce cimetière étaient bien antérieures au XXe Siècle.

            En effet, après quelques recherches menées de notre côté, nous commençons à en savoir un peu plus sur les origines de ce cimetière et de cette communauté. On estime l'arrivée des premiers Juifs à Zhydachiv dans le milieu du 15e Siècle1, nous savons par quelques recherches que le cimetière datait de la deuxième partie du XVIIe Siècle, alors qu'une première synagogue, en bois, fut mise en fonction en 17272. Date qui correspond à l'époque où les Juifs de la ville commencèrent à s'organiser en communauté indépendante (18e siècle)1, soit plus de deux siècles avant l'invasion nazie.

            À la veille de la Seconde Guerre Mondiale, la population juive de Zhydachiv représentait 22% de la population totale, contre 45 % d'Ukrainiens et 30% de Polonais sur un total de 4200 habitants2. La communauté juive faisait donc partie intégrante de la vie de cette ville. Plus encore, nous découvrons alors que Zhydachiv était le foyer d'une dynastie très célèbre de Rabbins (Tzadiks *) fondateurs d'un courant hassidique : la dynastie Zhidachov. Ce courant fut fondé par le rabbin théologien Tzevi Hirsh Eichenstein (1785-1831)1, premier d'une lignée de huit générations perdurant bien au-delà de la Seconde Guerre Mondiale et disséminée aujourd'hui dans le monde entier3,4 et notamment aux USA


            Il est selon nous important d'insister sur ce point. On a tendance, dans notre mémoire collective à réduire systématiquement notre représentation de la communauté juive aux années d'avant guerre et durant la Seconde Guerre Mondiale. Il me paraît crucial de combattre cette fausse idée. Les juifs ont habité les pays d'Europe bien longtemps avant cette période et il nous faut reconsidérer notre chronologie inconsciente.

            Lorsque nous parlons de la vie juive en Galice, celle-ci faisait partie intégrante du paysage, de la vie de la population dans sa globalité souvent depuis plusieurs siècles (L'imposante synagogue “ Golden Rose ” à Lviv - détruite par les Nazis en 1942 - fut construite en 1582-1585, quatre siècles et demi plus tôt ; quant au plus vieux cimetière juif de Lviv – qui, aujourd'hui, est un marché – son apparition datait du Moyen-Âge). Les objets retrouvés à Zhydachiv, sont de rares trouvailles extrêmement précieuses car seuls témoins de siècles d'histoire, de culture et de vie qu'on oublie d'inscrire dans notre histoire, dans nos origines, dans nos cultures.

            Les fouilles du cimetière de Zhydachiv dureront tout l'été. La colline entière aura été fouillée et de nombreuses tombes répertoriées.30-Cimtiere-de-Zhydachiv---Zhydachiv-cemetery.jpg 

 22-Cimtiere-de-Zhydachiv---Zhydachiv-cemetery.jpg

Les sculptures sur les tombes laisse imaginer la beauté de l'ouvrage - cliquez sur la photo pour zoomer


Sous les chapelles, à l'endroit où ce dressaient deux autres chapelles il y a encore 70 ans, l'équipe de Meylakh à trouvé 7 tombes.

 

15-d-copie-1.jpg

Une pierre tombale verticale brisée par les nazis - la petite chapelle en arrière plan

 

 

Les fondations d'une tombe apparaissent sous la grande chappelle

 

 

            Les expertises ce poursuivent pour identifier précisément pour qui ces tombes on été dressées. La probabilité que l'une de ces tombes soit celle du père fondateur de la dynastie Zhidachov (Tzevi Hirsh Eichenstein) est grande, les autres abritant certainement les corps de ces descendants. Une chose est sûre, c'est que Meylakh Sheykhet s'est déjà mis en quête de retrouver les descendants actuels vivant au USA où en Israël et brasse ciel et terre pour pour que la communauté internationale juive l'aide à poursuivre ces fouilles et rendre sa mémoire à ce lieu sacré.


Panorama 6

panorama 360° du cimetière et des fouilles au pied des deux chappelles - cliquez sur la photo pour zoomer

 

             Depuis de nombreuses années, Meylakh Sheykhet sillonne la Galicie et l'Ukraine tout entière à la recherche de lieux comme celui-ci, détruits lors de la Seconde Guerre Mondiale, et oubliés voir tout bonnement éliminés sous l'époque soviétique. Membre de l'association ZAKA (Association entre autre fondée pour donner une sépulture décente et conforme à la tradition juive aux victimes des meurtres de masse, des catastrophes naturelles, attentat...), il s'est donné la mission de mettre au jour l'existence de ces lieux juifs sacrés d'Ukraine, et d'y poser une plaque commémorative pour perdurer leur mémoire et faire connaître l'existence et le rôle des Juifs au sein de la vie des populations d'Europe Centrale et de l'Est. Des lieux comme Zhydachiv, il en a mis au jour des dizaines, employant la population locale pour les fouilles, travaillant aussi avec les archéologues de la région.

 

26 Cimtiere de Zhydachiv - Zhydachiv cemetery

Jeunes et moins jeunes de la ville de Zhydachiv embauchés pour les fouilles archéologiques

 

            Par cette manière de travailler, Meylakh Sheykhet mène en même temps trois autres combats : - Il permet aux populations locales (jeunes pour la plus part) de travailler. - Il casse souvent de nombreux stéréotypes sur les Juifs grâce aux rapports directs qu'il entretient avec ces ouvriers et les gens du voisinage. - Enfin, il apporte à ces gens une meilleure connaissance de l'histoire de leur ville dans laquelle la population juive joua souvent un rôle important.


Matthias Crépel


* Tzadiks : Selon la tradition du judaïsme, cette appellation sert également de titre et désigne un rebbe, ou maître spirituel, dans le hassidisme.

1 The Encyclopedia of Jewish Life Before and During the Holocaust: Seredina-Buda-Z par Shmuel Spector, Geoffrey Wigoder

2 http://en.wikipedia.org/wiki/Tzvi_Hirsh_of_Zidichov

3 http://en.wikipedia.org/wiki/Zidichov_%28Hasidic_dynasty%29

4 http://en.allexperts.com/e/z/zi/zidichov_%28hasidic_dynasty%29.htm

 

 

14-Cimtiere-de-Zhydachiv---Zhydachiv-cemetery.jpg

Après chaque journée passée sur un chantier, Meylakh Sheykhet allume une bougie, en mémoire des âmes sans repos de son peuple.


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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 13:22

The Jewish school of Lviv

« Brothers of Israel »

« Брати Ізраїлю »


Ecole-interieure.jpg                   Located in Cikhiv – most important residential district of Lviv, between two soviet blocks, the school 'Bratej Israelju' is the only private Jewish school of Lviv. Called in the honor of Israel – second name of Jacob, the school receive for free about sixty Jewish pupils. From 6 to 17 year-old, they follow an academic curriculum recognized as an official diploma by the Ukrainian authorities in conditions relatively better than the public schools – maximum 6 pupils per classroom. The teaching language is Ukrainian even if pupils can request for private Russian lesson. They learn also computer science, English, Hebrew and Yiddish. The teaching of Jewish traditions allow, for most of the pupils, to rediscover their inheritance.


Front of the shool

Ecole-juive-facade-copie-1.jpg                   Entirely financed by private funds coming mostly from England, Israel and North America, the school stretches over 4 blocks sheltering classrooms, administration, dormitories and laboratories... A sport complex is still waiting to be built lacking some funds. Indeed, the rebuilding of the defective roof and the new computers monopolized the last donations. Hiring about thirty employees, the institution welcomes the children from 9 o'clock with a breakfast to 16h30 after snack ; ie one hour later than normal school because of extra-academic activities. Some winter and summer camps are also organized every year with the coming of pupils from Israel or North America... Those exchanges, most of the time, take place inside the school. The land around the building, indeed, offers an exceptional playground with the orchard, kid's games and basket terrain.

 

Ecole Juive parc

The parc of the school with its the orchard...

 

 

Ecole Juive JeuxEcole Juive003... its games for children...  and its basketball terrain.

 

 

Mme Bald blog-copie-1                  Created by Sarah Bald, the Rabbin's wife, in 1996, this school is allowed to receive 300 pupils. The director do not hide her will to see the number increase neither her joy to welcome today children of former pupils. She explains the reluctance of certain Jews of Lviv to send to Jewish school their children by the recent history of the community. Indeed, most of the Jews' descendants are today assimilated. Mixed families would rather choose discretion of a public school reminding the old fear to be categorized as Jew. Recognizing that lot of Jew does simply not know about the existing school, she counts on the word of mouth and time to see number of pupils growing.

 

                        The aim of Sarah Bald meets the one of her husband and their actions cannot be distinguished. First of all by the support they bring to needed Jews distributing food, clothes and limited financial help. They both act, one by teaching, the other by spiritual and religious opening, to pass on their vision of the Judaism. Both coming from Brooklyn, they received Jewish education far different from the Jews of Lviv. Sarah explains it perfectly when she compares her great and happy memories of her Jewish life to the “dark and dingy memories” that the old Jewish generation of Lviv keep about Jewish traditions. During the Soviet time, it was better not to show traditions and ceremonies were taking place – as all religious manifestations, on basement or very soberly.

  Ecole-juive-dessins-copie-1.jpg

Drawings from children of the school which symbolize the 3 fundamental dishs for the celebration of the Jewish new year which is often celebrated in all modesty : a bit of honey, one garlic, an apple and fish.

 

                    It is important for those parents of 8 children, to help people to discover the happiness to be Jew and why is it special. From the Hasidic trend, they advocate a religious practice in everyday life in interaction with reality. If this couple really believes in the possibility of change in the behavior of Jews' descendants, it is because they are conscious to live a great change in todays Ukraine and in Ukrainian population. Thus, Sarah evokes “a great period in the history when such a change takes place from the Soviet Union – communism, to freedom, to practice of religion, to be able to express ourself in a open way, in a correct way”. Adding that today, it is important that people awake that all can be done openly and honestly and that all does not necessary need to be done under the table. People can work and get back the price of their efforts. They can bloom as free persons and not anymore as “slave” as in the soviet time when they had to satisfy with beer, sausage and bread.

 
Ecole-juive-dessins-2.jpg

This year 2009 was the year 5770 for the Jewish calendar. This date remain us the almost 6000 years of history of the Jewish People, its traditions, and the religion.



 

                     The action of the director – Sarah Bald, and of her husband from which it is inseparable, is fundamental for the Jewish community of Lviv. Arrived in Ukraine in 1994, they bring a happy vision of the Judaism helping by this the Jews to turn the page of the drama that constituted the second world war and by showing them that future could be happy and joyful ; all that is finally important for children and their parents, still marked by years of silence and by an inheritance today to heavy to carry.

 

Blandine Scrève

 

 

Ecole-juive-Drapeaux.jpg

It is the first view that we can see coming into the school. This picture says a lot about the will to live as Jew in Ukraine and to keep a Jewish as well as a Ukrainian identity. 

 

 

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 11:51

L'école juive de Lviv

« Bratej Israelju »

« Брати Ізраїлю »


Ecole-interieure.jpg                   Située à Cikhiv – plus important quartier résidentiel de Lviv, entre deux blocs de tour soviétique, l'école 'Bratej Israelju' est la seule école privée juive de Lviv. Nommée en l'honneur d'Israel – deuxième nom de Jacob, elle accueille gratuitement une 60e d'élèves de confession juive. Agés entre 6 et 17 ans, les élèves y suivent un cursus scolaire officiel reconnu par les autorités ukrainiennes dans des conditions relativement meilleures que les établissements publics – maximum 6 élèves par classe. Ils y apprennent l'informatique, l'anglais, l'hébreu et le yiddish. La langue d'enseignement est l'ukrainien même si les élèves peuvent faire la demande de cours particuliers de russe. L'enseignement des traditions juives leur permettent, pour la plupart, de redécouvrir leur héritage.


Façade de l'école

Ecole-juive-facade-copie-1.jpg                   Financée entièrement par des fonds privés venant principalement d'Angleterre, d'Israel et des USA, l'école s'étend sur 4 blocs comprenant les salles de cours, les bureaux administratifs, dortoirs et laboratoires... Un complexe sportif attend toujours de se concrétiser par manque de fonds. La rénovation du plafond défectueux et les nouveaux ordinateurs ont monopolisé les dernières donations. Embauchant une 30e de salariés, l'établissement accueille les enfants à 9h du matin par un petit déjeuner. Ils ne quittent l'école qu'à 16h30 après avoir reçu un goûter; soit une heure après les écoles publiques à cause des activités extra-scolaires. Des camps d'hiver et d'été y sont également organisés avec la participation d'élèves venant d'Israel ou des USA... Ces échanges prennent place la plupart du temps au sein de l'école. Le territoire entourant l'établissement offre effectivement un terrain de jeux exceptionnel aux élèves avec son verger, ses jeux pour enfants et son terrain de basket.

 

Ecole Juive parc

Le parc de l'école avec son verger...

 

 

Ecole Juive JeuxEcole Juive003... ses jeux pour enfants... et son terrain de basket.

 

 

Mme Bald blog-copie-1                  Créée par Sarah Bald, la femme de l'unique rabbin de Lviv, en 1996, cette école a une capacité d'accueil de 300 élèves. La directrice ne cache pas son souhait de voir les effectifs augmentés ni sa joie de commencer à accueillir les enfants d'anciens élèves. Elle explique la réticence de certains juifs de Lviv à scolariser leurs enfants dans un établissement religieux juif par l'histoire récente de la communauté. Beaucoup de descendants de Juifs sont en effet aujourd'hui assimilés. Les familles mixtes préférant la discrétion d'une école publique laïque rappelant la peur ancestrale d'être catégoriser Juif. Reconnaissant que beaucoup ne connaissent tout simplement pas l'existence de cette école, elle compte sur le bouche à oreille et le temps pour voir grossir les effectifs.

 

                    Le but de Sarah Bald rejoint celui de son mari et leurs actions ne peuvent être distinguées. Tout d'abord par le soutien qu'ils apportent aux Juifs dans le besoin par la distribution de nourriture, vêtement et d'aides financières ponctuelles. Ils œuvrent tous deux, l'un par l'enseignement, l'autre par l'ouverture spirituelle et religieuse, à transmettre leur vision de la Judaïté. Tous deux originaires de Brooklyn, ils ont en effet reçu une éducation juive bien différente des Juifs de Lviv comme l'explique parfaitement Sarah en parlant des « souvenirs sombres et lugubres » que l'ancienne génération garde de ses traditions juives. Pendant l'époque soviétique, il était préférable de ne pas afficher ses traditions et les cérémonies s'effectuaient – comme toutes manifestations religieuses, dans les caves ou très sobrement.

  Ecole-juive-dessins-copie-1.jpg

Dessins des enfants de l'école symbolisant les 3 mets essentiels à la célébration du nouvel an juif qui se fait souvent en toute modestie : un peu de miel, un ail, une pomme et du poisson

 

                    Il est important pour ces parents de huit enfants, de faire découvrir le bonheur d'être juif et ce qui fait la spécificité de la nation juive. Membre du courant hassidique, ils prônent une pratique religieuse dans la vie quotidienne en constante interaction avec la réalité. Si ce couple croit autant en la possibilité d'un changement dans le comportement des descendants juifs de Lviv, c'est qu'ils sont conscients de vivre un changement important en Ukraine et chez les Ukrainiens. Ainsi, Sarah évoque « une formidable période dans l'histoire quand un tel changement prend place, de l'Union soviétique – du communisme, à la liberté, à la pratique religieuse et à la possibilité de s'exprimer soi-même d'une façon correcte et bonne ». Ajoutant qu'aujourd'hui, il est important que les gens prennent conscience que tout peut se faire ouvertement et honnêtement et ne doit plus forcément passer par dessous la table. Les gens peuvent travailler et obtenir le fruit de leurs efforts. Ils peuvent s'épanouir comme personnes libres et non plus comme « esclave » comme à l'époque soviétique où il fallait se satisfaire avec une bière, une saucisse et du pain.

 
Ecole-juive-dessins-2.jpg

Cette année 2009 était pour le calendrier juif l'année 5770. Cette date nous rappelle les presque 6000 ans d'histoire du peuple juif, de ses tradition, de la religion.



 

                   L'action de la directrice de l'école – Sarah Bald, et de son mari de laquelle elle est indissociable, est fondamentale pour la communauté juive de Lviv. Arrivés en Ukraine en 1994, ils apportent une vision gaie de la judaïté aidant ainsi les Juifs à tourner la page du drame de la seconde guerre mondiale et leur montrant que l'avenir peut être gai et heureux. Tout ce qui finalement compte pour un enfant et ses parents, encore marqués par des années de silence et un héritage devenu trop lourd à porter.

 

Blandine Scrève

 

 

Ecole-juive-Drapeaux.jpg

C'est la première image qu'on voit en entrant dans l'école. cette image en dit long sur la volonté de vivre comme Juif en Ukraine, et de conserver autant une identité juive qu'Ukrainienne. 

 

 

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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 16:51

Meylakh Sheykhet

A fight for the Jewish heritage in Lviv

 

 

 

 

Meylakh Sheykhet is the person that cannot be ignored in Lviv concerning the Jewish life. As the representative of the Union of Councils for the Jews of the Former Soviet Union in Ukraine, he acts to the promotion of the democracy in the country. His action stretches on various fields as the defense of the Human and minority rights, the preservation of the cultural heritage, as well as the handling of the antisemitism. If he uppermost helps the Jewish community, his action also helps to the cause of others persons as the assistance his organization brings to the prisoners, victims of miscarriage of justice. In a general manner, the main purpose is to support the construction of a Ukrainian civil society.

 

By himself, he is in charge of three organizations – non mentioning his work in the Union of Council : the Jewish Revival, the Petryakova Center for Studies and Researches on the Jewish Culture as part of the Ukrainian Culture and Jewish-non-Jewish relations, the religious community of the “Turei Zahav” synagogue or “Golden Rose” by its popular name1. Thus, concretely, his action is in really various fields: the Petryjakova Center is in charge of the Academic and Artistic Jewish Heritage, the Union gives financial, medical and food aid to penniless Jews and descendants of the non-Jews – Righteous of the World who helped Jews during the war, while the religious community gives services for Shabbat and other important Jewish celebrations.

Most the Meylakh’s agenda is however devoted to the preservation of the cemeteries and mass graves sites in all Ukraine. The task is huge regarding to the number of Jewish victims of the Holocaust in this region as well as the Nazi and Soviet policy concerning those places. Few cemeteries – among which some came back to the 14th c., were spared by the Nazis, who had as practice, to consistently bomb them and take away the tombstones to pave the roads. As for the Soviet power, it had built new buildings, market... on those place of burials. As an current example, he is fighting with other member of Lviv's civil society to stop the construction of a hotel on the Citadel site which was a concentration camp were thousands of Jews but also French and Italian soldiers were killed.

  Picture : Meylakh Sheykhet on the archeologic site of Zhydachiv. The Jewish cemetery in Zhydachiv, destroyed by the nazis served as a field for a Soviet citizen to build a garage during the Soviet time. The cemetery was forgotten until the independence in 1991.

 

 

                  Beyond the importance of his action, it is the man in himself who is impressive. He walks around the city and the region in Jewish traditional dress – black coat and hat, greeting numerous persons. However, it is not his appearance but more his philosophy, present in all his discussions, which impresses. From our first meeting, the crux was said. Nothing of what he proposed us to discover, listen, film... should be used to any other purpose but only bring Peace. Whatever happened in the past, most important today is that Peace, Tolerance and Understanding must prevail and defended.

 

                 Envisaging the society as necessarily multiple, in which qualities and abilities of everyone will be used, he compares the hatred to a virus which once introduced, spread to the entire society. The Jewish community is always the first target as it is easily visible target and defenseless. However, the World War Two did not spare anyone, just by spreading the hatred and the thirst of blood. According to him, “what we Jews talk a lot about the Holocaust because the Jews supposed to be annihilated just because of being born Jews, but the non-Jews must also to talk that they suffered, after Jews were the first target the non-Jews became consequentially the second. The hatred can not be narrow focused, when started from Jews it infected the all World. The Nazi Regime hurt also the other People. Everyone is suffering now as the Holocaust to Jews turned to turmoil and terrorism to the World. “The memory of the History is a Common Memory, which is reflected in the human relations: the memory of the good past is a common memory – the same as the memory of the bad past is also a common memory”.

                  Concerning the Jewish heritage in Lviv, he evokes the flourishing Jewish culture and society before the war, specifying that all would not have been possible without the agreement, even tacit, of the others communities. He explains the solidarity between Jews and Ukrainians by the fact that they were both discriminated by the Polish authorities during the inter war period and then by the Soviet regime. “I like Ukrainian language. I always understood the sorrow of the Ukrainian students I taught. They were discriminated by oppressing their culture because the Jewish People in the Former Soviet Union was murdered, desecrated, forced to be taken away from the traditional Jewish life and fate, emptied by the Soviet propaganda. I understood that I lost tremendous a lot but Ukrainians and other people lost as well. I always lectured them in Ukraininan even the official language was Russian in the Soviet time”. A Jew has always sensitive feelings to others being oppressed and always ready to help the other people heartfelt. This explains that he’s always supported the Ukrainian independence.

                   As the Ukrainians, the Jewish community of Lviv also suffered a lot during the Soviet time, what Meylakh call the ‘Second Holocaust’. The difficulty, not to say the impossibility to maintain a communal and religious Jewish life, as it was banned by the Soviets; the disaster management of the memory places (forgotten, became built over, plagued to the memory of the Soviet people instead of mention openly – Jewish people), discriminations in all ways. He quotes an example when talking about the Jews as the “invalids of the 5th grade”. The 5th grade was the question about nationality on the employment form.

                  For him, the anti-Semitism was planted in into the Ukrainian society since centuries by the different domination powers before the Ukrainian independence as well as by the Christian discursive. However, he remarks that the anti-Semitism comes more from the authorities – moulded in the Soviet ideology, than on the common level. “When we come to regular people, face to face, you always find a way of understanding, common feelings and sympathy”.

 

                    Meylakh Sheykhet is certainly not the only one to play an important role for the Jewish community and its heritage in Lviv. Other charitable and cultural organizations are very involved in this titanic work. Thanks to his work, he nonetheless stays one of the only one – if not the only one, to fight for the recognition and preservation of the sites, the protection of the sacral and architectural patrimony. The problem that he faces in his action with the authorities seems to be more a general problem that a mere display of anti-Semitism. All that is connected to the memory in Ukraine lost its importance when facing commercial and financial interests, and this is not only for the Jewish heritage.

 

 

 

Picture : Meylakh Sheykhet in the front of a mass grave on the extermination site of Lysynychi, around Lviv. Were executed there more than 100 000 persons, mostly Jews but also Italian, French.... soldiers.
 

 

Blandine Screve

 

 

1 This private synagogue, from the Middle-Age, was destroyed by the Nazis in 1942 – as most of the synagogues of Lviv. The “Golden Rose” synagogue stay the most famous. Its site, in the center of the old town – in the former Jewish district, was safeguarded since the UNESCO’s intervention. It was also the most richly and luxuous decorated of Lviv, which created a lot of myths and legends around this religious house.

 

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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 11:06

Meylakh Sheykhet


Un combat pour réhabiliter l'héritage juif de Lviv

 

              Meylakh Sheykhet est la personne incontournable à Lviv en ce qui concerne la vie juive. En tant que représentant de l'Union des Conseils pour les Juifs de l'ancienne Union Soviétique en Ukraine, il agit à la promotion de la démocratie dans ce pays. Son action s'étend sur différents terrains comme la défense des droits de l'homme et des minorités, la préservation de l'héritage culturel, ainsi qu'à la gestion de l'antisémitisme. S'il aide en priorité la communauté juive, son action sert également la cause d'autres personnes comme l'aide qu'il apporte aux prisonniers victimes d'erreur judiciaire. D'une manière générale, l'objectif premier est de supporter la construction d'une société civile ukrainienne.  
          
   En plus de son rôle à  l'Union des Conseils pour les Juifs de l'ancienne Union Soviétique,
il dirige à lui seul, trois organisations : le Renouveau Juif, le centre d'études et de recherches sur le judaïsme (Petryjakova) et la communauté religieuse de la synagogue de "Turei Zahav" , communément appelée la « Rose dorée »[1]. Ainsi, concrètement, son action s'inscrit dans des domaines très divers : le centre Petryjakova est en charge de l'héritage scientifique et artistique juif, l'Union dispense une aide financière, médicale et alimentaire aux juifs démunis et aux descendants de ceux qui ont aidé les juifs pendant la guerre, alors que la communauté religieuse dispense des offices lors du Shabbat et des grandes dates juives.


La plus grande partie de l'agenda de Meylakh Sheykhet est cependant dédiée à la préservation des cimetières et fosses communes de toute la région. La tâche est énorme étant donné le nombre de victimes juives de la Shoah dans cette région ainsi que la politique nazie puis soviétique concernant ces sites. Peu de cimetières – dont certains remontaient au 14e siècle - ont été épargnés par les Nazis qui avaient comme pratique de systématiquement les bombarder. Le régime soviétique a, pour sa part,construit de nouvelles habitations, garages, marché sur ces lieux de sépultures.


  Meylach-explain-the-method-to-his-worker-team.jpg

Photo : Meylakh Shekeyt sur le site archéologique de  Zhydachiv
Le cimetière juif de
Zhydachiv, détruit par les nazis, a servi de terrain à un citoyen soviétique pour y construire un garage pendant l'époque soviétique et le cimetière fut oublié jusqu'à l'indépendance de l'Ukraine en 1991

Nous pouvons encore citer comme exemple concret, l'action actuelle de Meylakh Sheykhet : tenter d'empêcher la construction par les autorités d'un hôtel sur le site de la Citadelle (annexe du camp 325 de Rawa Ruska) où des milliers de prisonniers politiques et de guerre de toutes nationalités confondues, notamment soldats français et italiens, furent exécutés pendant la guerre.                                                  

            Outre l'importante étendue de son action, c'est l'homme en lui même qui est impressionnant. Il sillonne la ville et la région en habit traditionnel juif – manteau noir et chapeau; saluant en passant de nombreuses personnes. Ce n'est pas tant par son apparence mais également par sa philosophie, présente dans toutes ses discussions, que Meylakh Sheykhet impressionne. Dès notre première rencontre, l'essentiel fut dit. Rien de ce qu'il nous proposait de découvrir, écouter, filmer ne devait être utilisé à des fins qui ne soient pas pacifiques. Peu importe ce qui s'est passé, l'important est qu'aujourd'hui paix, tolérance et compréhension soient préservées et défendues. Nos nombreuses visites de sites et discussions avec lui ont été fondamentales pour notre compréhension de l'héritage juif de Lviv.

 

            Envisageant la société comme nécessairement multiple, où les qualités et habiletés de chacun seraient mises à profit, il compare la haine à un virus qui, une fois implanté, se répand à l'ensemble de la société. La communauté juive constitue une première cible facile car très visible et sans défense. Mais la Seconde Guerre Mondiale n'a épargné personne ne serait-ce que par le fait de répandre la haine et la soif de sang. Selon lui, « nous parlons beaucoup de l'Holocauste parce que les Juifs devaient être annihilés du seul fait d'être nés juifs. Mais les non-Juifs doivent dire qu'ils ont aussi souffert., après la première cible, les Juifs, les non Juifs devinrent la deuxième cible. Le régime nazi les ayant aussi touchés». « L'histoire est une mémoire commune qui se reflète dans les relations humaines : la mémoire du 'bon' passé est une mémoire collective, mais celle du 'mauvais' passé l'est également ».

            A propos de l'héritage juif de Lviv, Meylakh Sheykhet évoque l'exceptionnelle culture et société juive d'avant-guerre en précisant que tout cela n'aurait pu être possible sans l'accord, même tacite, des autres communautés. Il explique la solidarité entre Juifs et Ukrainiens par les pratiques discriminatoires dont ils ont tous deux souffert sous le pouvoir polonais pendant l'entre-deux-guerres puis le pouvoir soviétique. « J'aime la langue ukrainienne. J'ai toujours compris le chagrin des étudiants ukrainiens que j'enseignais (...). J'ai compris qu'on avait perdu la même chose. J'ai toujours enseigné en ukrainien même si la langue officielle était le russe du temps de l'URSS ». Un Juif est toujours sensible aux ressentis des autres personnes oppressées et toujours prêt à les aider. Ce qui explique qu'il ait toujours soutenu l'indépendance ukrainienne.

            Comme les Ukrainiens, la communauté juive de Lviv a beaucoup souffert de la période soviétique, ce que Meylakh Sheykhet appelle « un deuxième Holocauste». La difficulté voire impossibilité de maintenir une vie communautaire et religieuse, caractéristique de l'époque soviétique ; la gestion catastrophique des lieux de mémoires (oubliés, devenus terrains constructibles, rapproprié par la mémoire de l'extermination du peuple soviétique par l'Allemagne fasciste...), les discriminations dans tous les domaines. Il cite d'ailleurs un exemple en nommant les Juifs « les invalides de la 5e catégorie ». La 5e catégorie correspondant ,sur les formulaires d'embauche, à la nationalité.

            Pour lui, l'antisémitisme sera toujours présent dans la société ukrainienne car il a été implanté depuis des siècles par les différentes puissances dominatrices avant l'indépendance ainsi que par le discours chrétien. L'idée que les Juifs auraient tué le Christ est un mythe qui persiste, même si faiblement, dans la société ukrainienne. Il note cependant qu'il s'agit plus d'un antisémitisme des autorités qu'au niveau des rapports humains en général. « Quand on revient aux gens réguliers, face à face, vous trouvez toujours un moyen de compréhension, des sentiments communs, une sympathie ».

 

            Meylakh Sheykhet n'est certainement pas le seul à jouer un rôle important pour la communauté juive et son héritage à Lviv. D'autres organisations caritatives et culturelles sont très impliquées dans ce travail de titan. Par son travail, il reste néanmoins un des seuls – si ce n'est le seul, à se battre pour que les sites soient reconnus et préservés, pour que la patrimoine architectural soit protégé. Le problème qu'il rencontre dans son action avec les autorités semble être plus un problème d'ordre général qu'une simple démonstration d'antisémitisme. Tout ce qui touche à la mémoire en Ukraine perd de son importance en face d'intérêts commerciaux et financiers, et ce, pas seulement pour l'héritage juif.

   

Blandine Scrève

 

Meylakh Sheykhet devant l'une des 59 fosses communes du site d'extermination de Lysynychi, près de Lviv.
Furent éxecutés ici plus de 100 000 Juifs, mais aussi des Italiens, Français et sûrement d'autres nationnalités.


[1]    Cette synagogue privée, datant du Moyen-Age, a été détruite par les Nazis en 1942 – comme la plupart des synagogues que comptait la ville. La synagogue de la « Rose dorée » reste la plus connue. Son site, en plein centre de Lviv dans l'ancien quartier juif, a été sauvegardé depuis lors grâce à l'intervention de l'UNESCO. Elle était également la plus richement décorée et luxueuse de Lviv, ce qui lui  valait de faire l'objet de nombreux mythes et légendes. 

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